1er Conte :
Par une nuit noire, profonde et lourde,
Jeha le Simple entendit un gémissement venant du fond du puits.
Il passa son chemin en courant, tant il
était couard.
Il crut à un djinn caché derrière la margelle.
Celui qui, venait dans son sommeil le
tirait par les pieds.
Ou encore un de ces esprits frappeurs qui
martèlent les rêves pour les faire basculer en cauchemar et troubler la paix des dormeurs.
Alors Jeha se mit à chanter fort pour se
donner du courage.
Mais la voix du fond du puits devint un
appel pressant dont la détresse fit frissonner le Simple.
Malgré sa frayeur bien grande, Jeha en appela
à
Dieu pour trouver le courage de franchir
les quelques mètres qui le séparaient du cri.
Petit à petit il discerna des mots, des appels au secours, ce
qui finit par lui donner courage.
Il se dressa, fort, droit, tel un guerrier qui part affronter
les forces de la nuit.
Quelques centimètres plus tard il comprit
le sens des mots qui lui parvenaient.
-« S’il te plait, toi qui passes l’là-haut, toi qui entends
ma voix, mon appel au secours, tends une corde au pauvre érudit que je suis.
Je cherchais au fond du puits la vérité que l’on dit s’y cacher,
je cherchais le sens de la vie.
-« La vérité ? C’est que tu es
tombé, et tu t’es mouillé d’eau, dit Jeha.
-Ah ! Pourquoi ajouter à mes
misères
Tu écorches mes oreilles de pléonasmes infâmes !
Avoir tant étudié pour entendre tant
d’ignorance !
Je suis dans l’eau, je suis forcément
mouillé !
Corrige-toi, s’il te plaît, et apprend à
parler...
"Tu as raison, Erudit, je vais de ce pas
apprendre le beau langage et reviendrai te sortir du puits quand je saurai parler… »
Conte d'Orient
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2éme
Conte :
Alexandre le Grand avait atteint les sommets de la gloire.
Ici , un buste - Ier
siècle avant J.-C. une mosaïque retrouvée à Pompeï.
Roi de Macédoine, il avait soumis les Grecs et vaincu les Perses, fait plier l’Egypte, et franchi l’Euphrate, traversé le Tigre et atteint Indus,
pris Persépolis et Babylone, sans jamais faiblir ni se soumettre.
Sa réputation s’étendait d’Orient en Occident,
Les mondes de sa double puissance.
Ses légions avaient rencontré et vaincu biens des peuples, et sa
toute-puissance était solidement établie sur la terre.
Il avait tout connu ; des plus grandes victoires aux plus immenses
richesses.
Empire d'Alexandre le Grand.
Et, comme il fut l’élève d’Aristote, il était empreint de finesse et d’intelligence.
Un jour qu’il suivait une route, il atteignit le couchant du
soleil.
Il planta là son camp et réclama uns âge pour l’instruire
davantage.
Il fit chercher un maître qui pourrait lui enseigner la connaissance que
lui tout empereur qu’il fut, ne possédait point encore.
Car c’était par le seul savoir qu’il pourrait demeurer
Alexandre.
Certains lui indiquèrent un maître d’une sagesse supérieure, ermite
vivant aux confins des falaises.
D’autres le disaient fou.
Alexandre, qui ne croyait qu’en ses œuvres, voulut se faire sa propre
idée et l’envoya chercher.
Mais l’ermite n’entendait pas quitter sa grotte.
L’émissaire insista alors, menaça même, rappelant qu’Alexandre pouvait
tout, puisque roi des deux mondes.
Le sage pourtant ne s’en émeut point, prétextant qu’il n’avait pas à obéir à cet empereur dont il ne dépendait pas, ajoutant qu’il était lui-même le
maître de celui dont Alexandre était le serviteur.
Et, puisque lui était le maître il n’entendait pas se déranger pour un
serviteur.
Quand Alexandre entendit les propos rapportés par l’émissaire, il entre
en violent courroux, pensant que l’homme était au moins fou ou ignorant.
Comment osait-il l’appeler serviteur et lui opposer un refus, à lui l’ami de Dieu ?
Nul n’avait jusque-là eu l’outrecuidance de le nommer serviteur.
Nul puissant, roi ou sultan ou même simple sujet n’avait eu
l’inconscience de le traiter ainsi !
Le sage n néanmoins osa lui répliquer :
« Illustre Majesté, Empereur suprême, tu as couru les deux mondes en quêtes d’immortalité par un violent désir dont tu es devenu l’esclave, le serviteur.
Avec toutes tes légions et des armées vaillantes, tu as vaincu tous les continents par souci de
puissance et de cupidité.
« Et, tu n’es donc que serviteur de mon serviteur.
« A présent tu veux aussi trouver la source de
vie.
Ton cœur ne se repaît qu’à la cupidité et au désir :
Tu n’es qu’un serviteur de mon serviteur puisque tu crains de perdre ta
vie et tes trésors.
« Or pour gagner les mystères de la vie, les bien matériels ne te
serviront point.
C’est l’univers qu’il te faut gagner, mais l’univers de
l’âme. »
Alexandre compris alors que l’homme n’était point fou, qu’il était sage
parmi les sages et empereur d’entre eux.
Et, que l’avoir rencontré était pour Alexandre, en ce nouveau voyage, l’une de ses plus grandes victoires.
Farid al-Dïn ‘Attar
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